Hongrie / 2006 / 1h41 / Avec Zoltan Miklos Hajdu, Kyle Shewfelt, Orion Radies, Silas Radies / Directeur de la photographie : Andras Nagy / Compositeur : Ferenc Darvas / Produit par Peter et Mathieu Kassovitz / Distribué par Epicentre Films |
Il était une fois dans l'Est
A la charnière de deux mondes, la nouvelle génération des jeunes cinéastes hongrois, la première après la chute du communisme, est fascinante. Point de jonction entre deux époques, passage radical de la certitude à son contraire, le grand écart de son expérience de vie est vertigineux. Les Paumes blanches retrace le parcours d'un gymnaste de haut niveau hongrois, de l'enfance à l'Est à l'âge adulte à l'Ouest, à partir de l'histoire vraie du frère du cinéaste, Zoltan Miklos Hajdu, entraîneur de Kyle Shewfelt, Médaille d'or canadienne à Athènes en 2004. Par essence dépassement de soi, discipline, sport de compétition, la gymnastique concentre des enjeux tout autant personnels que collectifs dans la confrontation des nations entre elles à l'occasion des Jeux Olympiques, vitrine de l'excellence. Esprit de compétition ou mesures de rétorsion ? Emulation personnelle ou discipline de fer ? Szabolcs Hajdu entrelace habilement passé et présent et mène de front deux périodes de vie, deux modes de fonctionnement, deux méthodes d'apprentissage. Mais, et c'est toute la finesse de son œuvre, il s'inspire du scénario de Sergio Leone Il était une fois dans l'Ouest pour aborder le thème de la construction de soi dans un monde en marche. Il s'amuse à suivre le même point de départ, arrivée en ville, puis déroule l'histoire tout au long d'une trame narrative vive et originale, menée avec brio jusqu'à son point d'acmé sous l'impulsion d'un magnifique crescendo de flashes-back, dévoilement à la fois d'une faille et d'une victoire. Le film est innervé par le flux d'une expérience personnelle signifiante dans son quotidien et tend les fils qui relient l'homme à l'existence, qui entravent, retiennent, élèvent, suspension dans les airs, figures imposées ou libres, obstacles à franchir, circonvolution de corps et d'esprit, blessures infligées et dont on dissimule les marques, ligne commune à ne pas dépasser, récompenses et perte de soi. Il est le récit d'un individu qui émerge parmi les blocs, idéologies ou habitats, entouré d'immeubles, juché sur leurs toits, qui tombe et se relève. Il est à la fois quête et conquête, de soi, souffle et élan, saut, chute et rebond, équilibre, vertige. Szabolcs Hajdu nous livre une très belle épopée personnelle. Pleine d'aspirations et très inspirée.
Cécile-Fleur Brunod |