France / 2006 / 1h28 / Avec Roschdy Zem, Cécile de France, Pascal Elbé, Jean-Pierre Cassel, Bérangère Bonvoisin, Martine Chevallier, Naïma Elmcherqui et Leïla Bekhti / Scénario : Roschdy Zem et Pascal Elbé (avec la participation de Agnès de Sacy) / Photographie : Jérôme Alméras / Musique originale : Souad Massi / Produit par Philippe Godeau
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Le dilemme des origines est à l'origine du problème
Roschdy Zem nous offre de bon cœur une comédie qui soulève avec légèreté ces problèmes qui grèvent notre quotidien l'air de rien, jusqu'au jour où la venue d'un enfant les dresse subitement face à nous en un mur qui se révèle bien plus difficile à franchir qu'on ne pensait. Ismaël et Clara s'aiment depuis quatre ans, ils forment un beau couple et sont heureux d'apprendre qu'ils vont être parents. Mais les futurs parents se transforment inopinément en une juive d'origine polonaise et un musulman d'origine arabe : belles familles incompatibles ou réconciliables ? Un film comme on aime bien en voir car il nous parle de nous, sans malaise, et sans mauvaise foi. Les dissensions sont abordées de front, avec humour. Finalement ça coule de source sûre.
Cécile de France en future maman radieuse et Roschdy Zem en gendre désorienté : un couple bien de chez nous… chez nous, mais qui sommes-nous au fait ? L'évidence est faite de différences et pour que celles-ci ne se transforment pas en différends, rien de tel qu'un bon remue-ménage. C'est cette « petite pierre à l'édifice du dialogue » que Pascal Elbé a tenu à apporter en rejoignant Roschdy Zem sur l'écriture du scénario de Mauvaise foi. La forme est soignée et lumineuse, les plans en face à face tous prêts à accueillir ce bébé de la seconde génération de l'immigration en France. Pascal Elbé et Roschdy Zem sont bien placés pour aborder les cultures juive et islamique, connaissant à la fois ces communautés dont ils sont issus et du point de vue de Français empreints de laïcité. Ils ont voulu échapper aux clichés et ont choisi de construire le personnage d'une juive originaire de l'Est, que rien ne différencie des autres filles, tandis qu'Ismaël est un professeur de musique qui n'a jamais vraiment songé à la religion. Si ce scénario écarte d'emblée toute prise avec les mouvements extrémistes, le propos du film étant rattaché aux gens ordinaires, un peu de nous tous, la religion n'y est pourtant pas absente. Clara et Ismaël défendent tous deux avec ferveur leurs origines spirituelles. Ils sont français avant d'être musulman ou juif, précise Roschdy Zem. « Ma foi n'interfère ni dans mon travail, ni dans ma vie privée, c'est simplement un rapport privilégié que j'imagine avec Dieu. » poursuit-il. Il annonce un film engagé, sur le compromis. « Le couple mixte n'est pas un sujet grave en soi. S'il peut apparaître comme tel aujourd'hui, c'est parce qu'on est dans une période de repli communautaire et qu'on s'approprie un conflit (israélo-palestinien) qui a lieu à des milliers de kilomètres de chez nous. J'espère qu'on distinguera, à travers la façon dont tout cela est traité dans le film, notre idiotie à tous, parce que je pense que nous sommes tous responsables de ça. Ce que j'ai voulu montrer aussi, c'est que la différence entre Clara et Ismaël aurait pu être toute autre. Tout le monde a connu ce type de situation, mais sous différentes formes. Il y a des couples qui ont connu des difficultés parce qu'ils étaient issus de couches sociales différentes. Il n'y a pas que des histoires de race ou de religion qui causent des difficultés. Pour les familles, quand quelqu'un arrive et ne leur ressemble pas, c'est souvent problématique. » Cécile de France, quant à elle, a aimé travailler un personnage qui lui ressemble : « Ce rôle est pour moi très singulier. Habituellement je choisis plutôt des rôles où il y a une construction visible à faire, une transformation physique, une démarche à trouver, quelque chose qui m'éloigne de ma personnalité. Or, dans Mauvaise foi, ce qui m'a intéressée, c'est l'opposé de ça. J'ai travaillé sur la sincérité, la profondeur et la justesse des situations. J'ai aimé me concentrer sur l'infiniment petit plutôt que sur des choses évidentes. Pour moi, le challenge était là, dans le côté pointu des émotions. » Les scènes de ménage sont piquantes et tout à la fois pleines de tendresse. La dérision désamorce toute situation borderline et si on arrive à en rire, c'est peut-être que nous ne sommes pas si loin du souhait de Pascal Elbé : que ce film soit très vite « has been » pour qu'on puisse bientôt s'exclamer « Tu te rends compte qu'à l'époque, c'était comme ça ! » Inch'Allah ! Et, cerise dans le berceau, la grande Souad Massi effleure nos oreilles de sa voix chaude et nostalgique.
Cécile-Fleur Brunod |