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Si Jean Giono avait un descendant cinéaste, ce serait peut-être Yves Caumon. Celui-ci nous conte sur un air d'accordéon un peu entre deux eaux, entre lune et maïs, terre et ballon, l'histoire du fils Caron. Dernier rejeton d'une lignée agricole au destin rocailleux qui hante encore les mémoires du village, abandonné au secret de la vieille bâtisse familiale, Raymond voit un beau jour des acquéreurs de la ville investir et retaper les ruines dans lesquelles il s'était terré. L'exode rural fait place à l'échappée urbaine et c'est du puits dont il a fait son nid qu'il entend retentir chaque matin les cocoricos claironnés à tue-tête par la joyeuse famille qui s'est emparé de son logis. Jadis couleur pierre et verdure, la campagne s'emplit de cris d'enfants, de touches de bonne humeur et fleure bon le chamboulement. Drôle d'oiseau aux cheveux de jais, aux joues creusées et aux sourcils broussailleux, un regard aiguisé et un pantalon de toile bleue, le paysan dépossédé se transforme en pinson silencieux des puits et vagabond roublard de la nuit. Yves Caumon cultive l'humour frais et coloré et sème la gaieté dans cette comptine râpeuse qui confronte citadins révolus et le fantôme de leur jardin, dans une farandole de tours mutins et de révélations à l'ancienne. Le jeu est grave et primesautier tout à la fois, sans doute la plus belle rencontre entre rats des villes et rats des champs, sur le ton de l'enchantement, au goût sucré un brin amer, une paille moderne.
Cécile-Fleur Brunod
2005 / France / 1h31 / Avec Bernard Blancan, Lucia Sanchez, Antoine Chappey / Musique : Pascal Le Pennec, Thierry Machuel / Production : Sunday Morning Productions / Distribution : Les Films du Losange |
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