Au seuil de la cinquantaine, une femme se pose les questions : à quoi sers-je, comment j'ai aimé, et comment j'aime encore ? C'est avec une jeunesse immuable et contagieuse que Jane Birkin parle de liaisons enchantées et défaites, de cannibalisme familial, de ces vies sorties de nos ventres qui nous ressemblent et nous font face, de ces petits riens qui heurtent et ne s'oublient jamais, reproches graves ou anodins, attentes et déceptions, incompréhension ou complicité. A mi-chemin entre Conte d'été d'Eric Rohmer et Partition inachevée pour piano mécanique de Nikita Mikhalkov, Boxes joint l'extravagant à l'intime et Jane Birkin prend toute liberté dans un scénario bien à elle au souffle très maîtrisé.
Partition picturale, ces tableaux d'une femme, goguette en mer, rêverie au pied d'un arbre, maison dressée sur la côte bretonne, tandis que parmi les compositions de voix humaines se glisse un piano entre mouvement et nostalgie, allégresse des folles années et langueur du temps passé inscrit dans cette histoire aux rivages vifs. Jamais film n'aura été plus fugue entre les herbes sauvages du souvenir amoureux, morceau pour piano à quatre mains chuchoté du regard sur une barque imaginaire, digression tragique de la folie avec humour et douceur, lyrisme de la vieillesse et jeunesse mutine, charivari de danse dans le salon, quatuor à quatre cœurs autour d'une cuisse de poulet, cliché ancien d'une petit fille en robe courte, symphonie familiale, impressionnisme des tons. Sans revendication aucune. Naturellement livré. L'ensemble est une spontanéité de concert miraculeusement suspendue au fil tendu des dialogues. Les mots expirent et refluent dans les textes de Jane Birkin, sortes de poèmes en prose dont l'émotion épouse le rythme du quotidien, tout en respirations légères, prises d'élan vers la claque, la boutade ou la caresse. On ne badine pas avec l'amour, surtout quand il est familial. Tous les non-dits sont galamment conviés à éclater en rencontres et confrontations. Histoires d'un amour entre un homme et une femme, une mère et une fille, déclarations paternelles et réciproques filiales aux sentiments sans doute un peu trop forts alors un peu baignés de lune. Morceaux choisis qui ressuscitent également les incursions de la vie dans la guerre et la résistance. Et Nina, la mouette de Tchékhov aux ailes brisées, la femme abattue ou la légèreté momifiée, hante la grande maison qui résonne de destins personnels. Mais Jane Birkin reste souple et vibrante et son premier long-métrage pour le cinéma reconstitue un monde très humain et tout de grâce, très beau coup d'aile sous forme d'une fantaisie.
Cécile-Fleur Brunod |
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Boxesaaaaa
de Jane Birkinaaaaa
Symphonie familialeaaaaa
France / 2007 / 1h35 / Avec Géraldine Chaplin, Michel Piccoli, Jane Birkin, Natacha Régnier, Lou Doillon, Adèle Exarchopoulos, John Hurt, Maurice Bénichou, Tchéky Karyo, Annie Girardot / Photographie : François Catonné / Musique : Franck Eulry / Production : Les Films de la Croisade |